Webinaire LG Seeds – la réponse à vos questions sur la politique agricole commune

Tel que nous l’avons promis lors de l’émission de notre webinaire, nous voici de retour avec la réponse à vos questions sur le maïs, les betteraves sucrières et la politique agricole commune.

Ci-dessous, vous trouverez la réponse aux questions concernant la politique agricole commune.

PAC Pacte vert

Est-ce correct que l’Union européenne prévoie de diminuer de 50% l’usage de produits phytosanitaires à l’horizon 2030 ?

Oui, c’est vrai. Au cours de l’année dernière, le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a présenté à la presse le Pacte vert européen. Il s’agit d’un long document qui traite de la transition durable de l’Union européenne dans différents domaines. Il ne s’agit donc pas seulement de l’agriculture. Dans la partie consacrée à l’agriculture, il est mentionné que la Commission a l’intention de réduire de moitié l’utilisation de produits phytosanitaires dans l’agriculture et l’horticulture d’ici 2030. Toutefois, il y a quelques remarques par rapport à ce sujet. Cette tendance n’est pas si récente. En effet, l’industrie phytopharmaceutique et certains semenciers se sont pleinement engagés dans le développement de biocides depuis quelque temps. Ces derniers arriveront au cours de la prochaine décennie à un rythme accéléré et constitueront souvent une bonne alternative aux pesticides disponibles aujourd’hui. Mais la manière dont certaines maladies végétales ou adventices seront traitées à l’avenir reste encore un grand point d’interrogation.

Plan de relance post-covid-19 : l’agriculture est-elle bénéficiaire du fonds de relance post-coronavirus ?

Oui, mais dans une mesure limitée. Le plan de relance post-Covid a été approuvé le 10 décembre 2020 par les chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil de l’Union européenne afin de soutenir les secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus. Le budget européen s’élève à 750 milliards d’euros, dont 8,07 milliards d’euros sont dédiés à l’agriculture. Pour la Belgique, cela représente 25,2 millions d’euros, dont 30% sera octroyé en 2021 et 70% en 2022. Au moins 55% de ce budget doit être orienté vers les jeunes agriculteurs débutants. En outre, au moins 37% du budget devra être consacré à l’environnement, au climat, au bien-être des animaux et à l’agriculture biologique.

PAC 2021-2027

Est-il désormais certain que la nouvelle PAC n’entre en vigueur qu’en 2023 ?

Oui, c’est correct. L’entrée en vigueur de la nouvelle PAC était initialement prévue le 1er janvier 2021. Cependant, les élections européennes, le Brexit et le coronavirus ont considérablement retardé le dossier. En outre, le Conseil européen, le Parlement et la Commission doivent encore se mettre d’accord. Ces négociations devraient aboutir en avril prochain. Une période de transition est prévue pour 2021 et 2022, mais la nouvelle PAC post-2021 n’entrera en vigueur que le 1er janvier 2023.

En sait-on déjà plus sur le verdissement et les éco-régimes ?

Oui, les informations arrivent sans cesse, mais elles ne sont pas encore assez concrètes. On sait que 20 à 30% du budget des aides directes de la PAC (pilier 1) sera consacré aux « éco-régimes ». La Commission européenne a récemment publié une liste de pratiques agricoles pouvant être soutenues par le système des éco-régimes. La liste comprend 2 sous-listes. La première liste concerne l’agriculture biologique et les pratiques agricoles ayant une performance écologique, telle que par exemple la lutte intégrée également appelée IPM.

La deuxième liste concerne un large éventail de pratiques liées au bien-être animal et à l’élevage des animaux. Les pratiques qui prévoient l’optimisation de l’accès et de la qualité de l’aliment et de l’eau de qualité en sont des exemples. Les éléments de bien-être tels que des systèmes d’étable respectueux des animaux figurent également sur la liste. Il convient de noter qu’une rubrique est particulièrement consacrée à l’élevage à l’herbe. Cela n’est pas sans importance car, en raison de l’augmentation de la taille des exploitations et de la robotisation, une proportion importante du bétail se trouve maintenant dans les étables. Des subventions sont également prévues pour les agriculteurs qui donnent à leurs vaches des additifs pour réduire les émissions de méthane. L’amélioration de la gestion et du stockage du fumier figure également sur la liste.

La liste concerne également les cultures et plus particulièrement l’agriculture de précision ou l’application d’autres techniques innovantes qui permettent de réduire l’usage des intrants tels qu’engrais et produits phytosanitaires ou qui permettent d’améliorer l’efficacité de l’irrigation.

Quand connaîtrons-nous les détails sur les éco-régimes ?

La liste actuelle d’éco-régimes est indicative. Il faut d’abord que le Conseil, le Parlement et la Commission trouvent un accord sur les grandes lignes. Les éco-régimes sont l’un des éléments du Plan stratégique que le gouvernement wallon devra soumettre à la Commission européenne après l’été. Les décisions finales seront prises en 2022. Aucune approche détaillée n’est à prévoir à court terme.

Est-il vrai que la nouvelle PAC prévoie la mise en jachère de 5 % des surfaces de l’exploitation ?

Non, ce n’est pas vrai. Le Pacte vert et la préfiguration de la nouvelle PAC stipulent que 5 % d’une exploitation doit être constituée d’éléments non productifs.  Cette réglementation pourrait bien se substituer à ce que l’on appelle aujourd’hui les Surfaces d’Intérêt écologique ou les SIE. En outre, la mise en jachère serait une opération absurde en période de diminution des stocks de certaines matières premières. Et dans l’optique du changement climatique, ce serait tout aussi absurde de mettre en jachère des terres alors que de plus en plus de zones font face à un déficit hydrique important.

Serons-nous autorisés de retourner des prairies permanentes à l’avenir ?

Il y a peu de chances que cela soit autorisé sans que l’on installe une prairie permanente à un autre endroit sur la même superficie. Les règles à cet égard ont été quelque peu assouplies il y a quelques années, puisque la base individuelle a été remplacée par une base collective en vertu de laquelle la superficie de l’ensemble de tous les pâturages permanents en Wallonie pouvait diminuer de 5 % maximum par rapport à la situation en 2012. Étant donné que les prairies permanentes jouent un rôle tampon de CO2 qui permet donc de compenser les émissions de gaz à effet de serre, il y a peu de chances que le retournement de prairies permanentes soit autorisé.

Qu’est-ce qu’on comprend par ‘5% de cultures non productives’ et faut-il prendre en compte la superficie totale de l’exploitation ?

Ce n’est pas encore clair. D’après moi, c’est la nouvelle version des Surfaces d’Intérêt écologique, mais sous une autre forme. En première instance, il s’agirait de la superficie totale de l’exploitation, mais ce n’est pas encore décidé.

Quid des paiements directs après le Brexit ?

L’impact sera limité. La PAC alloue un budget de € 360 milliards à l’agriculture pour les 7 années à venir. C’est moins qu’en 2014-2020 mais c’est beaucoup mieux que le montant qui avait été mis en avant dans certains scénarios beaucoup trop pessimistes. Le niveau des paiements sera nettement inférieur à celui de 2015, mais par rapport à 2019, le différentiel sera limité.

Voudra-t-on élargir la rotation à par exemple 4 ou 5 cultures au lieu de 3  ?

Je ne pense pas. On réfléchit sur le concept de la rotation. Cela ne concernerait pas directement le nombre de cultures mais la succession de celles-ci. Autrement dit, on pourrait limiter dans une certaine mesure la monoculture. Mais rien n’a été décidé.

Politique climatique

La sortie du nucléaire, peut-elle avoir un impact sur les mesures climatiques pour l’agriculture ?

Certainement. Le gouvernement actuel veut sortir de l’nucléaire en 2025 en fermant les deux dernières centrales nucléaires. La décision finale sera prise en novembre 2021. Dans ce cas, l’approvisionnement en énergie qui aura disparu dans notre pays devra être assuré par des centrales au gaz, par exemple. Celles-ci émettent toutefois beaucoup plus de CO². D’autre part, avec son Pacte vert, l’Europe ambitionne de réduire les émissions de CO² de 55% d’ici 2030. Ces deux objectifs sont donc diamétralement opposés. Autrement dit, si toutes les centrales nucléaires sont fermées, des objectifs plus stricts seront imposés au reste de la société, à savoir l’industrie, le secteur des transports, l’agriculture et les ménages. Il n’y a pas beaucoup de solutions intermédiaires.

En Allemagne, on envisage d’instaurer une taxe carbone sur les engrais artificiels et le diesel. Est-ce également le cas chez nous ?

Ce n’est actuellement pas (encore) le cas chez nous. D’autre part, de nombreuses mesures seront prises afin de dissuader l’utilisation de diesel dans les années à venir.

La politique climatique, provoquera-t-elle la perte de terres agricoles ? Pourquoi est-ce qu’on vise l’agriculture qui ne prend à son compte que 8 à 10% des émissions de gaz à effet de serre ?

Je ne pense pas qu’il y ait des pertes de terres agricoles à cause de la politique climatique. Je ne pense pas non plus que l’agriculture soit visée. Chaque secteur est concerné et sera responsabilisé. Je plaiderais donc pour une bonne entente entre l’agriculture et la politique climatique, parce que l’agriculture sera la première victime si le climat change trop. L’agriculture n’est donc pas le plus grand pollueur mais bel et bien le secteur le plus touché si cela tourne mal.

Pourrions-nous en tant qu’agriculteur ne pas avoir droit à une récompense en fonction de sa capacité de captage du CO2 ? La betterave sucrière est un exemple d’une culture qui capte beaucoup de CO2.

Certes, ce n’est pas une mauvaise idée, mais je ne vois pas comment on pourrait concilier cela avec le budget. Il a fallu un an et demi pour qu’ils se mettent d’accord sur le cadre financier pluriannuel. Le budget est très strict. D’autre part, il y aura un système de primes versées aux agriculteurs pour soutenir leur participation à des programmes qui permettent de réaliser des objectifs environnementaux et climatiques. Ce seront les ‘écorégimes’. Il n’y aura donc pas de financement direct pour le captage de carbone.

Marchés

Ne comprend-on pas que les fonds d’investissement font augmenter les prix de nos denrées alimentaires ?  

Lorsque les fonds d’investissement prennent des positions sur le marché des commodités agricoles, les prix des aliments ainsi que le prix de revient du lait et de la viande augmentent. Cela n’implique pas d’office que le consommateur s’en aperçoive. En effet, nous avons connu de nombreuses situations dans le passé où la hausse du prix de revient ne se répercute pas sur le prix payé par le consommateur. Ce n’est toutefois pas toujours le cas. Mais dans une économie de marché libre, il faut tenir compte du fait que les fonds d’investissement s’orienteront toujours vers les secteurs où ils attendent un retour sur investissement élevé.

Quel est l’impact du prix du pétrole sur le marché des céréales ?

Le rapport entre ces deux éléments n’est pas facile à déterminer. Dans le passé, nous avons connu des périodes où les prix des céréales étaient élevés alors que les prix du pétrole étaient également élevés et vice versa.

A contrario, l’impact du prix du pétrole sur le prix du sucre est indéniable. Lorsque le prix du pétrole baisse, le prix du bio-éthanol baisse également. Le prix du sucre suit cette tendance. En effet, au Brésil, les usines transformant la canne à sucre orientent leur production vers le sucre au détriment de la production de bio-éthanol. Cela provoque une hausse de l’offre de sucre sur le marché mondial et ensuite l’effondrement du prix du sucre. Etant donné que les céréales peuvent également être transformées en bio-éthanol, on pourrait s’attendre à une situation analogue, mais ce lien ne s’établit pas facilement.

L’augmentation des surfaces cultivées en céréales, est-ce au détriment des surfaces en maïs grain ?

Oui, de fait. Les deux cultures occupent 150 millions d’hectare, majoritairement dans les mêmes régions. Une hausse pour l’un implique souvent une baisse pour l’autre. C’est certainement le cas dans notre pays. Dans les années où les conditions de semis des céréales sont défavorables, il y aura plus de surfaces cultivées en par exemple maïs grain. C’est une question intéressante, car la hausse des surfaces en céréales pourrait en effet laisser présager une baisse mondiale légère des surfaces en maïs.

L’Inde, est-elle autorisée à subventionner la production de sucre ?

L’Inde y est autorisée, mais elle doit respecter le cadre déterminé par l’Organisation mondiale du commerce. C’est un fait que l’Inde dépasse souvent ce cadre et qu’elle inonde le marché de sucre. Le Brésil et l’Australie ont donc porté plainte contre l’Inde auprès de l’Organisation mondiale du commerce. L’OMC juge toutefois que le subventionnement de la filière ‘sucre’ correspond à la politique mondiale. L’Inde ne peut pas subventionner le sucre même mais lorsqu’il s’agit du transport, des frais de transport, du marketing, du stockage et de la transformation, il n’y a pas de souci. Vu que l’Inde veut d’abord sécuriser l’approvisionnement de son marché intérieur, la question de l’exportation ou non de son sucre sera déjà résolue en grande partie. A l’heure actuelle, l’Inde étant confrontée à la pandémie du coronavirus, elle ne compromettra sans aucun doute pas non plus sa propre production alimentaire.